Les conflits dans le couple

Les conflits dans le couple ne sont pas forcément signe de crise. Ils font partie de la vie à deux et peuvent même être utiles.

conflit dans le couple

Les conflits dans le couple, contrairement à ce qu’on pourrait croire, peuvent être un signe de « bonne santé » du couple. Là où il y a du conflit, il y a de la vie…

Indispensable conflit

Dans un couple le conflit est inévitable, voire indispensable, car il est l’expression du nécessaire travail d’adaptation. Deux êtres qui se sont construits séparément et qui ont chacun leur histoire, leur culture et leurs habitudes, ont besoin de se roder l’un à l’autre.

Par conflit, il faut entendre tout ce qui est l’expression ferme du désaccord : cela peut être un simple affrontement, ou une discussion vive, dans laquelle chacun affirme sa position, avec insistance.

Ce n’est pas forcément une dispute violente, avec cris et « engueulades », mais il est assez normal que cela puisse arriver de temps en temps.

Des couples sans conflit ?

Quelques couples disent ne pas vivre de conflit, mais ils sont rares.

Dans certains cas, l’absence de conflit peut tenir à une situation dans laquelle le « NOUS » ne se construit pas. Cela peut être lié à des situations diverses, dont il faut prendre conscience pour tenter de les corriger :

  • conjoint dominant,
  • conjoint trop effacé qui s’exprime très peu,
  • couple fuyant l’affrontement des idées,
  • conjoints vivant côte à côte.

Heureusement, dans d’autres cas, il s’agit simplement de personnes très calmes, peu agressives, qui règlent les désaccords sans cris. Ils n’ont pas de conflits en ce sens qu’ils n’ont pas « d’engueulades » violentes, mais ils connaissent des différends, des discussions animées, voire de réels affrontements où chacun affirme son point de vue.

Ils ont des carapaces plus polies et moins rugueuses que ceux qui sont hérissés de protections piquantes, et qui se heurtent en produisant des étincelles : agressivité, renfermement, claquages de portes,…

Le conflit une chance à saisir

Pour qu’il soit positif, le conflit doit être l’occasion de mieux se connaître, d’apprendre à communiquer et de comprendre les réactions et ressentis de l’autre. Lorsqu’il permet tout cela, le conflit est l’occasion de s’adapter petit à petit pour ne plus blesser son conjoint.

Cela implique la capacité à parler et à communiquer « de noyau à noyau » et non « de carapace à carapace ». En exprimant son ressenti et en écoutant celui de l’autre, sans l’accabler de reproches ou de jugements négatifs, il est possible d’avancer dans la compréhension et la prise en compte de l’autre.

Des conflits récurrents peuvent revenir régulièrement parce qu’ils sont liés à des différences fondamentales. Il est important de prendre un temps de communication, au calme, pour en parler, en comprendre les causes et voir ce que chacun peut changer chez lui pour y remédier

Attention aux blessures créées

Vivre le conflit ne veut pas dire s’insulter, s’injurier, écraser ou détruire l’autre. Certaines paroles créent des blessures profondes qui ont du mal à se refermer, sans parler des gestes violents évidemment à bannir.

Lorsque l’un des conjoints est animé par la volonté de dominer l’autre, il a parfois l’art de le toucher « là où ça fait mal », là où ça peut le faire profondément souffrir.

Par exemple, il est destructeur de dire à quelqu’un qui manque d’estime de lui et qui connaît une période de chômage :

« Tu es décidément un incapable, tu te laisses aller ; pas étonnant qu’aucune entreprise ne veuille de toi ! »

Lorsque l’on connait les fragilités ou les blessures mal cicatrisées de l’autre, il faut éviter de s’en servir pour lui faire mal.

Savoir se taire au cœur d’un conflit, et ré-aborder le sujet avec soin et attention à l’autre, dans un moment où le calme sera revenu, permet d’éviter des conflits qui dégénèrent.

Les couples dont les conflits dégénèrent facilement doivent apprendre à s’en rendre compte et à dire :

« STOP, nous sommes entrés dans notre manière de faire qui dégénère. » 

Quand la situation est éruptive, il est même possible d’avoir à disposition un petit panneau STOP, que l’on brandit pour se mettre en pause.

Les conjoints doivent alors arrêter toute discussion, et prendre chacun un temps pour se calmer. Pour certains ce sera quelques heures, pour d’autre une journée complète, le temps nécessaire à chacun pour un retour au calme. Ce temps de silence n’est pas de la « bouderie », mais celui nécessaire à l’apaisement et à la réflexion.

Une fois calmé, chacun exprimera ce qu’il ressent, en le préparant par écrit si besoin.

Quand l’un s’exprime, l’autre doit l’écouter sans l’interrompre, puis dire à son tour :

  • d’abord ce qu’il entend du ressenti de son conjoint
  • puis ce que lui-même ressent.

Ils s’écouteront alternativement sans s’interrompre. Cela pourra donner un dialogue comme celui qui suit :

« Quand tu as …. (fait ou dit telle ou telle chose), je me suis senti … (ou cela m’a ….) parce que j’avais besoin de …

Un exemple avec deux façons de faire

Un conflit éclate parce que Monsieur est rentré anormalement tard du travail :

  • Bonsoir chérie, ça va ?
  • Non ça va pas du tout, tu as vu l’heure à laquelle tu rentres, tu pourrais faire un effort.
  • Mais toi, tu ne te rends vraiment pas compte de la vie que je mène au bureau …
  • Ce dont je me rends compte c’est que tu me laisses tout le travail de la maison, tu me laisses tomber et tu t’en fiches …
  • Et toi tu refuses de comprendre et de prendre en compte la charge que je subis. Tu devrais essayer de comprendre ce que c’est que de travailler dans une entreprise en difficulté. Toi tu as la chance de retrouver la maison de bonne heure.
  • Parce que tu crois que c’est une chance de devoir tout faire, s’occuper des enfants, du repas ….
  • Tu exagères, tu n’es quand même pas à plaindre !
  • Etc…

Parti comme ça, il est facile de comprendre que cela va dégénérer et que l’escalade guette, possiblement avec des claquements de portes.

Après un temps et un certain retour au calme, la discussion reprend dans un échange où chacun exprime son ressenti, qu’il a pris le temps de comprendre lui-même et de bien formuler.

Avant de dire son propre ressenti, chacun prend le temps d’une reformulation qui montre ce qu’il a compris.

Cela pourrait donner :

  • J’espérais que tu rentrerais plutôt et j’ai été déçue que tu arrives si tard, parce que c’est dur pour moi de tout avoir en charge : le repas, le bain des enfants. J’ai vraiment besoin de toi et de ton aide.
  • Je comprends que tu sois déçue ; tu espérais que je rentre plus tôt de façon à t’aider dans toutes ses tâches. Je suis désolé et je t’avoue que j’ai du mal à tout mener de front. Au bureau, il y a trop de travail, il tombe toujours quelque chose d’urgent au dernier moment. Je ne sais pas comment m’en sortir.
  • Je comprends que ce n’est pas facile pour toi, mais en plus j’étais dans l’incertitude ; je peux comprendre qu’il te tombe une urgence à traiter avant de partir, mais une fois passé l’heure à laquelle tu devais rentrer, je ne sais plus sur quoi compter. Je me demande quel sera ton retard et comment m’organiser en fonction de cela. J’ai vraiment besoin de savoir à quelle heure tu vas rentrer parce que je t’attends ; je serais heureuse que, dans ce cas, tu m’appelles pour me dire à quel moment tu vas arriver.
  • Je comprends, c’est vrai que j’espère toujours que ça va être court et je me dis que ce n’est pas la peine de te déranger. Mais je te promets que je vais changer et t’appeler. Et si j’oublie encore, merci alors de m’envoyer un SMS pour me rappeler de le faire.
  • Tu ne seras pas vexé si je te le rappelle ?
  • Non puisque je te le demande et que je t’aime ma chérie.
  • Moi aussi je t’aime mon amour.

Décodage

Cet exemple de dialogue peut paraître naïf ou évident, mais pourtant il fait bien comprendre l’importance à exprimer son ressenti et écouter et accepter celui de l’autre. En comparant les deux textes, on voit la différence entre le « TU » qui tue, et le « JE » qui fait vivre.

Il ne sert à rien d’expliquer à l’autre qu’il a tort d’avoir tel ou tel ressenti, ou que sa souffrance n’est pas justifiée. Il faut juste entendre la souffrance de l’autre, même si intellectuellement, on ne la comprend pas.

L’objectif est de réaliser qu’aucun n’a raison, mais que les ressentis sont différents. Un conflit peut s’arrêter sur le constat de différences, dont on prend acte : aucun ne changera l’autre de force.

Si on a blessé l’autre, il est important de l’entendre, et de savoir demander pardon même si l’on considère qu’il avait tort au départ. Demander pardon ne signifie pas qu’on avait tort, mais montre simplement qu’on comprend la souffrance de l’autre et la volonté de se re-dire l’amour qui nous habite.

Cette expression réciproque des ressentis de chacun permet la connaissance des points sensibles de son conjoint, pour apprendre à les contourner et à éviter de le blesser.

En guise d’exercice, les couples peuvent revenir sur un conflit récurrent. En utilisant le « Je », chacun à son tour exprime le ressenti qui a provoqué le conflit, sans oublier de reformuler ce qu’il entend du ressenti de l’autre. L’étape suivante pourra alors être l’expression d’un besoin, comme dans l’exemple précédent.

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