Les chemins qui mènent à l’amour de soi

Dominique Desforges, conseillère conjugale du Cler, pour la radio Phare.fm. S’aimer soi-même semble, en apparence, une évidence, pourtant cette quête intime est souvent l’une des plus complexes. Entre histoire personnelle, regard des autres et vécu émotionnel, découvrons ce qui peut impacter l’amour de soi.

Nombreux sont ceux qui grandissent avec une petite voix intérieure qui leur dit « tu n’es pas capable » ou « tu ne vaux rien » et qui les enferme dans cette sentence. Cette petite voix est liée à ce qu’on appelle l’estime de soi. C’est un phénomène discret et assez complexe dont on n’a pas toujours conscience et qui fluctue sans cesse. Par exemple, je peux avoir une bonne estime de moi quand je travaille, mais dans mon couple, ça peut ne pas aller du tout. Cette estime de soi est un jugement ou une évaluation qu’une personne a de sa propre valeur. Une personne peut avoir du mal à repérer en elle ses qualités, ses forces, et ne retenir que les défauts et les limites. À contrario, une personne qui va survaloriser ses qualités, qui va prendre la parole dans un groupe d’une manière un peu intempestive, qui va se mettre systématiquement en avant, elle aussi, on peut dire qu’elle a une basse estime de soi. L’estime de soi, c’est une question d’équilibre et l’une de ses composantes s’appelle l’amour de soi.

Certaines personnes ont une histoire affective douloureuse ou héritent de modèles dévalorisants. Un bagage qui complique leur rapport à elles-mêmes.

L’héritage est important dans la construction de chaque personne : l’héritage familial, de l’environnement, de la société dans laquelle nous grandissons. Par exemple, dans une famille où j’ai fréquemment entendu des phrases comme « arrête de te regarder », « pense d’abord aux autres », « dépêche-toi », « arrête de pleurer comme une fille » ou « tu as perdu une occasion de te taire », je vais avoir du mal à prendre conscience de la personne que je suis. Je peux croire que les autres valent mieux que moi et, du coup, je risque d’inhiber en moi un certain potentiel. En revanche, avec une éducation qui va poser un cadre avec des limites rassurantes en fonction de l’âge, qui va prendre en compte les émotions de l’enfant, alors je vais être encouragé, je vais être félicité et je vais pouvoir retrouver cette chose qui est belle en moi.

Si la quête de l’amour de soi est d’abord intérieure, cet amour se nourrit également de nos relations et de nos interactions avec les autres. Même lorsque les bases semblent fragiles, des chemins existent pour apprendre à mieux se voir et à mieux s’aimer. Apprendre à s’aimer demande de transformer son regard intérieur et suppose de prendre du temps pour mieux se comprendre, mais également de faire le choix d’oser reconnaître sa valeur.

Chaque personne est un être de relations. Chacun de nous se construit en interdépendance avec les autres. De fait, les enfants apprennent à se voir d’abord et avant tout à travers les yeux des personnes qui sont importantes pour eux. Donc cet amour de soi va se construire graduellement au fil des années et prendre sa source dans des relations d’attachement. Ça va sécuriser l’enfant et lui envoyer ce message qu’il est quelqu’un d’important et qu’il a de la valeur.

Derrière la question de l’amour de soi, il y a la question de qui je suis. C’est un chemin qui va passer progressivement par l’acceptation de soi, avec tout ce qui est bon, toutes ses qualités, et également ses défauts et ses limites. Si j’arrive à m’accepter au fur et à mesure en tant qu’être humain, alors mes relations vont être plus ajustées : je vais pouvoir reconnaître l’autre comme quelqu’un d’unique, comme quelqu’un qui a de la valeur.

Demeure la grande question : comment faire pour développer un regard plus bienveillant envers soi-même ?

Pour commencer, évitons de généraliser. Évitons de regarder les événements par le prisme de la globalité et remettons-les dans des situations particulières : dans cette situation, à ce moment-là, voilà ce qui s’est passé. Poser un regard bienveillant envers soi, c’est également apprendre à employer un langage plus précis pour affiner la perception de mes sentiments, de mes émotions, pour une meilleure connaissance de moi. C’est également être prudent vis-à-vis de la comparaison. Cette comparaison risque d’être nocive si j’ai l’impression que je dois être au sommet en permanence. Et en dernier lieu, garder en tête que chaque personne ne se connaîtra jamais parfaitement, parce qu’elle porte en elle une part de mystère. Elle ne pourra pas se connaître complètement, ni connaître parfaitement les autres. Et ça, c’est une bonne nouvelle !

Dominique Desforges pour Phare.fm

https://pharefm.com/2026/02/17/linvitee-du-jour-dominique-desforges-explore-les-chemins-qui-menent-a-lamour-de-soi

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