Les attentes sont fortes vis-à-vis de la famille : elle est généralement le lieu où l’on reçoit et où l’on donne un amour inconditionnel. Cet investissement affectif primordial en fait parfois aussi un lieu où l’on est éprouvé, où les attentes déçues et les blessures créent en nous des manques qui vont façonner notre rapport à nous-mêmes et aux autres.
Nous avons tous un besoin fondamental d’aimer et d’être aimé, de sécurité affective et de confiance, auquel répond la famille idéalisée. Pourtant, entre la famille rêvée et la famille vécue, il peut y avoir un écart important, source de désillusion, de souffrance, voire de violence. Les futurs mariés arrivent souvent avec une représentation de la famille marquée par des modèles sociaux, culturels ou religieux. Certains ont grandi dans des familles unies et aimantes; d’autres portent des blessures liées à des dynamiques familiales toxiques, des conflits non résolus, des violences.
La préparation au mariage, en prenant en compte cette diversité d’expériences, aide les couples à appréhender la famille de façon réaliste, à dépasser la tension entre l’idéal et le réel, tout en l’inscrivant dans la vocation chrétienne d’un cheminement d’amour et de fécondité. Cela invite chacun à dépasser ses rêves et sa propre expérience, pour créer ensemble un nouveau chemin, amenant le couple à se questionner: « Quelle famille désirons-nous construire, qui nous ressemble, qui nous épanouit ? »
La famille, entre vulnérabilités et résilience
La libération de la parole sur les violences intrafamiliales, qu’elles soient physiques, psychologiques ou symboliques, apporte une prise de conscience salutaire : reconnaître les ombres, c’est se donner les moyens de discerner et de prévenir. Mais cela peut aussi générer de l’inquiétude chez les futurs mariés: « Et si notre famille devenait un lieu de souffrance ? »; « Serons-nous à la hauteur ? »; « Saurons-nous éviter les erreurs du passé ? »
Dans le choix amoureux, quelque chose se rejoue de son enfance. À travers ce choix, c’est comme si chacun cherchait à en revivre les bons moments et réparer les moins bons. Et plus il y aura eu de difficultés, de traumatismes, plus le besoin de réparation sera grand et prendra le pas sur un choix rationalisé, qui tient compte de ce qui permet au couple de durer. Tout peut très bien se passer aux débuts du couple. Puis l’agrandissement de la famille, avec ce qu’il génère comme fatigue, stress, frustrations, contraintes, nouvel équilibre à trouver, positionnements parentaux à harmoniser… renvoie chacun à son rapport à la vie, à la relation à soi et à l’autre. Le couple et la famille peuvent devenir une arène où chacun lutte pour sa survie.
Un passage de la famille rêvée à la famille réelle
Chaque individu apporte dans son couple et sa future famille un héritage, fait de modèles positifs et de blessures plus ou moins grandes. Une invitation toute simple à adresser à chacun peut éviter d’en arriver là : qu’est-ce qui, dans mon histoire, dans ma relation à ma mère, à mon père, à mes frères et sœurs, ou à d’autres personnes importantes de ma vie, dans mon parcours, a pu me marquer au point de laisser une empreinte qui façonne encore ma vie aujourd’hui ? Est-ce que j’ai du mal à vivre la solitude ? Est-ce que je suis
facilement jaloux? Est-ce que je me sens sans cesse inquiet ? Est-ce que j’ai besoin de plaire à chaque instant ? Est-ce que je me sens facilement victime ? Quelles injonctions ai-je reçues ? Quelles violences ai-je subies ?
Sans oublier d’interroger les modèles positifs: des parents aimants, une communication ouverte, une gestion paisible des conflits et des différences, une fratrie unie, une sécurité qui a permis à chacun de devenir autonome… Partir de cette réflexion personnelle sur ces « héritages » et la partager en couple permettra à chacun de les connaître, les comprendre, les accepter, et finalement se préparer à leur potentiel « réveil ».
Un cheminement à accompagner délicatement
Il est essentiel d’aborder ces questions avec délicatesse. La préparation au mariage n’est pas un espace thérapeutique, mais elle peut être un lieu où l’on ose parler de ses peurs, ses doutes, ses attentes. Une posture d’accueil, d’écoute sans jugement, permettra aux couples de réfléchir et dialoguer, pour construire leur relation en prenant cette réalité en compte. La famille n’est pas un idéal inaccessible, mais un chemin à parcourir ensemble avec ses ombres et ses lumières, une réalité vivante et complexe en constante évolution. Une
famille heureuse n’est pas une famille sans conflits, mais une famille où l’on sait les surmonter. La famille est à la fois une joie, une responsabilité, et tout un art. Cela nécessite de travailler sa façon d’être en relation à soi
et à l’autre, d’apprendre à communiquer, d’avoir conscience du soin à apporter à la relation de couple, fondement de la famille, à la nécessité de poursuivre ces apprentissages pour permettre au couple de durer. « Aimer, ça s’apprend ! », nous en sommes convaincus au Cler! Il existe de nombreuses propositions qui peuvent aider, comme le week-end Communiquer en couple, ou les ateliers sur l’écoute du Cler.
Armelle Nollet, secrétaire générale
et conseillère conjugale du Cler
