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Aimer à quinze ans ?

J’ai quinze ans, je suis très amoureuse d’un garçon qui est très amoureux de moi. Mes parents disent que ce n’est pas sérieux…


Aimer à quinze ans, est-ce possible ? Est-ce souhaitable ? Entre sentiments partagés d’un très jeune couple et appréhension des parents, une réponse du Père Denis SONET.

Le différend entre cette adolescente et ses parents provient du fait que le mot « sérieux » n’a pas le même sens pour eux et pour elle. Au point qu’elle se sent totalement incomprise et presque niée dans ce qu’elle vit (…).

Il faut bien reconnaître que peuvent exister des amours extrêmement passionnées et fortes chez de jeunes adolescents.
L’amour sincère, vrai, beau, pur, de deux adolescents, n’est pas une vue de l’esprit : certains peuvent vivre déjà une relation de qualité. Ils espèrent bien que cette relation grandira encore, durera, et aboutira à un engagement, même s’il est lointain en raison de leur âge.

Comment, dans ce cas, un tel amour ne leur paraîtrait pas à tous deux comme infiniment sérieux ? Ils pensent alors que leurs parents sont aveugles en face d’une relation aussi belle, aussi forte !

Or, si ces amours précoces existent, les parents doutent souvent de leur profondeur et de leur capacité de durer. C’est en ce sens qu’ils les déclarent « pas sérieux ». Et il faut bien reconnaître que leurs craintes en face de l’avenir d’une telle relation sont, à bien des égards, tout à fait fondées.

Les premières amours sont trompeuses. Le côté « découverte du royaume fabuleux de l’amour » porte les amoureux éblouis à penser qu’ils sont en face d’une évidence lumineuse : « pas de doute, un tel amour ne peut être que le bon ! »

Le grand risque demeure qu’il n’y ait pas eu choix réel. Prenons une comparaison : supposons que dans un naufrage il y ait deux rescapés sur une île déserte, un jeune homme et une jeune fille. Il y a fort à parier qu’ils finiront par s’attacher l’un à l’autre, et même, pourquoi pas, par s’aimer ! Mais se seraient-ils aimés s’ils s’étaient rencontrés dans une soirée ?
Eh bien ! Le risque des amours précoces, c’est de s’être fixé trop tôt, avant la maturité du jugement et du cœur, sur un autre, en oubliant que pour choisir vraiment, il faut renoncer à d’autres possibles (…).

Les amours précoces sont souvent narcissiques : les amoureux ont davantage le désir d’être aimés que d’aimer ; ils aiment moins l’autre que l’amour dont ils sont l’objet, ils sont souvent sur le registre d’un amour possessif qui ne s’ouvrira que lentement à l’amour de l’autre pour lui-même, au don.

Les amours précoces présentent aussi le danger de faire vivre le couple dans une bulle, dans un univers à deux, se privant ainsi de la richesse de relations multiples. Combien d’adolescents escamotent ainsi l’étape de l’amitié ? (…)

Les enjeux sont sérieux. … Tout jeune, dans cette situation, doit réfléchir… prendre de la distance par rapport au choix … par rapport à l’autre…pour permettre à une telle relation de patienter et de mûrir jusqu’à l’heure du choix qui engage… réaliser qu’il ne faut pas s’enfermer dans le « ronron » à deux… et savoir que l’amour ça s’apprend !...

Extrait de « l’amour, la vie, parlons-en », de DENIS SONET.


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