Vous dites être embarrassée par l'attitude de votre fillette de deux ans, qui a un penchant pour la découverte de son corps.
La pédiatre et la responsable de la crèche vous ont rassuré quand à cette inclination, mais vous désirez éduquer peu à peu votre enfant, au renoncement de ce plaisir.
Qu'en est-il exactement ? et que faire ?
Il est bien légitime de vouloir répondre à ces questions, tant les informations contradictoires circulent, suivant les modes du moment ou les découvertes pédagogiques .
D'un point de vue éducatif, votre réaction est logique, car en effet notre corps est fait pour la relation ,et c'est bien à travers les gestes , que peu à peu se construisent les différentes communications relationnelles de la vie, amicale amoureuse, familiale, de travail ... et à chaque milieu correspond un code de langage.
Il vous appartient donc d'y veiller , et d'initier peu à peu vos enfants à tous ces codes.
D'un point de vue psychologique, structurel et émotionnel, le corps est un élément très important.
C'est par le toucher que le petit enfant découvre l'autre (d'abord le sein maternel ) , et soi même, par les caresses de sa maman, lors des bains ou tout autre moment privilégié, de la tendre enfance. A tel point que les enfants qui ne reçoivent aucun toucher finissent par s'étioler et mourir, (expérience faite en Angleterre au siècle dernier), alors que ceux qui en reçoivent beaucoup, se développent très bien.
La structure psychologique d'un enfant se développe selon plusieurs phases, que l'on a coutume de séparer en trois périodes dites:
- orale (0-2ans en général)
- anale (2-3 ans)
- génitale, jusqu'au complexe d'œdipe vers 6-7 ans.
D'un point de vue sexuel, les parties génitales sont le lieu privilégié de la rencontre conjugale, mais bien sur chez l'enfant cela ne correspond pas à cela.L'enfant n'a aucune idée de la sexualité de l'adulte, car il ne peut l'appréhender, sa psychologie, ne lui permet pas. En revanche les réflexes archaïques du plaisir du toucher se mettent peu à peu en place, et se développeront pendant la phase génitale, puis seront en période de latence (repos) jusqu'au démarrage de la période pubertaire.
Il est effectivement important de guider ses enfants pendant toutes ces années primordiales, afin que l'enfant intègre à la fois l'éducation qui le sort de la relation papa-maman-lui-même, et le tourne donc vers l'extérieur , vers l'ouverture aux autres, et les différents étapes de sa construction psychologique.
Votre enfant a donc découvert le plaisir du corps, et il faut s'en réjouir. De cela dépend sa sexualité future. Aussi , est-il important de ne pas y mettre de fausses interprétations quand à ses intentions, ni sur ses conséquences.
Mais ce n'est pas pour autant qu'il faille le laisser dépendre de ses "pulsions" archaïques, à tout moment. En effet votre fille doit apprendre à gérer ses "moments de douceur", et une parole calme, mais ferme qui lui dit "oui c'est agréable, oui je suis fière de toi que tu apprécies mais non , ne te touches pas sans arrêt, tu dois apprendre à t'arrêter" ou " non, tu ne pourras pas t'arrêter autrement" ou encore " non ce plaisir, cela va un moment, mais c'est plus grande que tu apprécieras pour quoi tu ressens tout cela".
Bref, un tas de phrases qui semblent bien compliquées pour une enfant mais qui l'apaiseront surtout par le fait que vous le direz avec calme et détermination, même si elle n'en comprend pas tous le sens.Vous pouvez aussi lui proposez une activité à faire.
Car en effet l'enfant sera rassurée, car ces menus plaisirs souvent viennent calmer des angoisses d'enfant , apaiser des tensions internes, et les gronder viendrait rajouter un stress supplémentaire.
L'enfant peut aussi en jouer pour assurer sa puissance sur le monde et sur vous même, et si elle comprend que vous êtes fâchée, elle recommencera de plus belle: la phase du non est celle des deux-trois ans, ou l'enfant a besoin d'intégrer les limites qui vont le rassurer, d'où le besoin de tester.
C'est aussi la phase des cadeaux qu'il peut ou non donner, par exemple : un pipi dans le pot ou bien non !
Pour résumer, il est donc évident qu'elle ne peut pas faire cela en public, mais si c'est toute seule, il faut lui en parler calmement en lui expliquant pourquoi vous lui dites d'éviter de le faire, pour ne pas s'habituer. Et peu à peu elle passera à autre chose. Ne vous inquiétez pas, ces envies disparaitront, mais risquent vraisemblablement de revenir à l'âge de l'adolescence, au moment de l'éclosion hormonale qui ravive toutes ces pulsions souvent débordantes, ou envahissantes !
A deux ans l'enfant n'a pas conscience ni de sa sexualité, ni de la morale de l'adulte. Seuls vos interdits vont peu à peu l'initier à l'obéissance. Mais le fait de revenir à son toucher, sera plutôt de l'ordre du besoin plus que de la préméditation ou de l'intention.
A l'adolescence, ce n'est plus tout à fait la même chose, en effet, même si les pulsions sont plus fortes il faudra aussi apprendre à ne pas se laisser envahir et c'est là qu'une éducation commencée tôt peut aider à différer, puis à stopper ces plaisirs dits solitaires puisque l'épanouissement sexuel complet passe par une relation de couple à deux.
Sur ce plan, chacun est différent, et il ne faut pas juger trop vite la réalité. Bien des jeunes ne passent pas par cette étape de masturbation. Mais bien des jeunes aussi, en ont besoin comme une étape de passage de l'âge pubertaire à l'age adulte. L'essentiel est d'indiquer le sens de la sexualité épanouissante, et d'orienter le jeune à la vivre. Cela peut être le projet de toute une vie, pour ne pas rester à un mode de sexualité incomplète.
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