Femme battue, enfant battu, comment briser la loi du silence ?
Il y a des fois où je scotcherais les enfants au mur ! Quels sont ceux qui passent à l’acte ?
Connaître pour prévenir : un conseiller du CLER fait un point sur ce fléau aussi répandu que discret, qui touche tous les milieux.
Un fléau social
Dont les enfants, puis les femmes sont les principales victimes. Ses ressorts sont complexes, dépassent largement les mœurs contemporaines, et plongent dans les mécanismes de régulation de l’espèce.
Une prévention efficace de ces violences passe sans aucun doute par une compréhension plus fine de ces mécanismes.
Les violences ne sont pas uniquement des coups et blessures, voire des mutilations et des meurtres, mais aussi tout ce qui déshumanise le partenaire en instituant une crainte perpétuelle instaurant une sorte de soumission perverse dont le violent est tout autant l’esclave lui-même.
Irritabilité
Un premier facteur est l’irritabilité : déjà dans la longue marche de l’évolution vers l’homme nous pouvons repérer qu’un étalon est fougueux, tout herbivore qu’il soit, mais qu’il est assagi quand on le castre. Les guenons bonobos masturbent les males pour les rendre moins agressifs. Un homme non satisfait sexuellement devient rapidement irritable.
Maîtrise de ses émotions
Un second facteur est la maîtrise de ses émotions. L’esprit humain permet de trouver des satisfactions purement cérébrales, et trouver l’assouvissement de ses passions par la représentation symbolique. Se venger en imagination permet souvent de rendre moins forte la pulsion émotive. En revanche, les personnes n’ont pas la même puissance d’imagination et de pensée symbolique. Les individus frustres n’ont pas la possibilité de s’abstraire d’une situation pénible par la pensée, et ont tendance à passer à l’acte sans retenue...
Respecter autrui
Un troisième facteur est l’aptitude à respecter l’autre, c'est-à-dire à pouvoir ressentir et imaginer que l’autre est « un autre moi-même », et de pouvoir infliger de souffrance sans souffrir soi-même. Nous repérons des situations extrêmes avec la violence des autistes, qui n’ont pas la capacité de ressentir l’émotion de l’autre, qui apparaît le plus souvent hostile, de ce fait.
Violence sociale
Un quatrième facteur peut influencer le facteur précédent, c’est la violence sociale décrite en particulier par René Girard (cf la violence mimétique). Selon les lieux et périodes la pression sociale peut être encourageante, tolérante ou répressive à l’égard de la violence, portée même au niveau de principe éducatif « qui aime bien châtie bien ». Le Professeur Hubert Montagnier a montré que les mécanismes de violence sont déjà en place chez les enfants d’âge pré-verbal et que la violence mimétique est un facteur permettant l’établissement des échelles de dominance dans les groupes d’enfant comme on le repère aussi chez les adultes sous le nom de « pecking order », à l’instar des mêmes mécanismes chez les gallinacés !
Un cinquième facteur est celui de l’utilisation plus ou moins socialement régulée de l’utilisation de substances psycho actives qui modifiant la perception de la réalité et de la société d’autrui, déchaîne la violence. On le voit également quand c’est la maladie ou la sénescence qui altère les facultés cognitives et la représentation de soi et des autres dans la conscience.. On peut notamment observer l’importance de l’ébriété alcoolique, mais aussi de l’irritabilité due au syndrome de manque lors d’une dépendance dans les situations de violences conjugales et familiales.
Jalousie
Un sixième facteur plus particulier à la violence dans le couple est l’incidence de la jalousie, elle aussi est une émotion humaine fondamentale et nous ne sommes pas égaux dans la force d’expression de cette émotion qui comme chacun le sait est un immense facteur de violence conjugale. On consultera à cet égard l’ouvrage de D. Buss sur la jalousie.
La prévention et la thérapie
L’éducation et la prévention des jeunes, mais en particulier la création d’espaces de verbalisation pour la régulation des conflits à tous les niveaux de la société.
La prise en charge des personnes submergées par la soumission, et l’extraction de ces personnes du milieu familial ou professionnel qui les maintient en esclavage.
Enfin la rééducation des personnes violentes par des thérapies en particulier collectives.
La prévention et la lutte contre la violence doit se concevoir comme globale à tous les niveaux publics et privés de la société.
Olivier Florant, Sexologue, Conseiller Conjugal et familial, Ecrivain
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